Qu’est ce que la santé mentale? Le besoin pressant d’approfondir notre compréhension du problème.*

La situation des enfants dans le monde 2021 – 1ère Partie

D’après le rapport de L’Unicef sur les enfants d’aujourd’hui(1) , une bonne santé mentale implique une santé mentale saine ainsi qu’un état de bien-être positif. En effet, la santé mentale d’un individu constitue un filtre à travers lequel la vie est expérimentée. Par extension, la santé mentale sous-tend toute activité; telle que penser, ressentir, apprendre, travailler et se lier avec d’autres individus. De la même façon, un individu ayant une piètre santé mentale et/ou des troubles mentaux va connaître un réel handicap vis-à-vis de son expérience de vie; plutôt que de vivre de manière parfaitement saine et positive. Ainsi, une santé mentale saine est un droit qui se doit d’être protégé.
Ce texte pointe vers la quantité inquiétante d’enfants et adolescents vivant avec des troubles mentaux dans notre monde actuel; tels que la dépression, anxiété et trouble de conduite et trouble de l’attention. Ces troubles vont notamment entraver considérablement l’expérience vécue de leurs porteurs; puisqu’ils affectent chaque aspect de leur vie. Des soins adaptés, ainsi que l’accès à une vie saine sont des droits fondamentaux.
Cependant, les politiciens ignorent régulièrement la notion de santé mentale et son besoin de protection. En effet, la santé mentale fait l’objet de stigmatisation et de manque de compréhension au sein de la société globale. Par extension, c’est le silence qui est adopté; plutôt que des politiques compréhensives sur le soutien nécessaire pour les individus souffrant de maladie mentale et de santé mentale de mauvaise qualité.
Particulièrement, cette vie, cachée dans le silence et l’ignorance de ce qu’est l’expérience vécue de la maladie mentale peut être convertie en jours, mois, années et vies perdues. Cette perte peut être aussi calculée en capital humain, puisque ces individus pourraient apporter une plus grande contribution à leurs communautés et nations une fois ayant accédé aux soins appropriés. Ainsi, nos sociétés actuelles se doivent de reconnaître leur intérêt direct dans la prise en charge de la santé mentale.

La santé mentale: Qu’est-ce que c’est?
Dans cette section, le rapport se charge de définir ce qu’est la santé mentale. La notion de santé ramène traditionnellement à des compréhensions physiques et déclenche des images de capacités physiques; tel que le sport. Le terme ‘santé mentale’, au contraire, va souvent provoquer des idées grossièrement fausses, tels que ‘fou’ et ‘instable’; ce qui renforce une vision binaire de la santé mentale. Pour les autres cas, s’intéresser à sa santé mentale est souvent vu comme un luxe, plutôt qu’un droit. En effet, contrairement à la santé physique qui est de nos jours facilement diagnostiquée, une mauvaise santé mentale va être rarement qualifiée en tant que telle. Plutôt, ce seront des diagnostics tel que ‘trop penser’ et ‘c’est dans ta tête’ qui vont être formulés. Toutefois, le terme ‘santé mentale’ désigne un état positif de santé et pas seulement le manque de maladie. Cette compréhension positive de la santé mentale est aussi définie comme:
● “un état dynamique d’équilibre interne’(2) qui comprend la capacité d’utiliser des aptitudes sociales, émotionnelles et cognitives afin de naviguer efficacement sa vie; la capacité “d’apprécier la vie et de gérer les obstacles rencontrés.”(3)

Une autre définition primordiale est la suivante:
● Trouble mental: comprend un ensemble de pathologie avec différents symptômes.(4) L’Organisation Mondiale de la Santé définit le trouble mental comme comprenant: ‘l’anxiété, la dépression, la schizophrénie, ainsi que la dépendance à l’alcool et à la drogue’.(5)

Pour les enfants et adolescents, la santé mentale et le bien-être découlent directement de l’engagement intime de leurs responsables légaux dans leurs vies.

 

 

La fluidité de la santé mentale: un spectre d’expériences
La situation des enfants dans le monde 2021 – 2ème Partie

Dans cette section, le rapport appuie sur les différentes nuances et niveaux de troubles mentaux. En effet, une pathologie mentale et une bonne santé mentale peuvent coexister. D’autre part, un individu peut manifester aucun trouble mental et connaître une santé mentale de piètre qualité. Pour cette raison, dépeindre la santé mentale de manière binaire, avec les troubles mentaux d’un côté et une bonne santé mentale de l’autre est une représentation faussée de la fluidité qu’est l’expérience humaine vis-à-vis de la santé mentale.

Premièrement, le rapport se penche sur la mosaïque de possibilités dans les cas où il n’y à aucun trouble mental. Des échelles ont été inventées afin de mesurer le niveau de santé mentale positive (telle qu’elle peut aussi être négative). Certains exemples d’indices sont: l’acceptation de soi, l’optimisme, la résilience, les relations positives avec ses liens familiaux et ses pairs, un objectif de vie, ainsi que des sentiments de développement ou d’accomplissement.(6) D’autres modèles se focalisent sur comment les gens se perçoivent au sein de leurs vies publiques, notamment leurs estimations d’acceptation sociale et d’intégration au sein de leurs communautés. Il est important de noter que la santé mentale n’est pas linéaire; tel qu’un enfant connaîtra différents niveaux de santé mentale tout au long de sa vie.

En second temps, l’article met en lumière la variété de troubles mentaux. De la même manière, les pathologies existent sur un spectre. En effet, certains troubles peuvent être gérables, progressifs ou sévères tel qu”un enfant peut présenter n’importe lequel. Les troubles les plus communs sur ce spectre sont l’anxiété, la dépression, la psychose et la dépendance à l’alcool ou à la drogue. Il est aussi possible de trouver la bipolarité, un trouble de l’alimentation, et l’autisme sur un spectre ainsi que les troubles de comportement et de l’attention, et des groupes de troubles de la personnalité.(7) De façon confuse, les termes comme ‘anxiété’ et ‘dépression’ ont muté au sein du langage de tous les jours; tels qu’ils ne font pas toujours références aux troubles diagnosticables et interrupteurs de vie.

 

 

Pour finir, ce rapport appuie sur l’importance du contexte pour comprendre la fluidité de la santé mentale. En effet, comprendre l’état mental d’un enfant signifie comprendre son contexte culturel particulier. Les valeurs familiales et sociales et les attentes en fonction de l’âge et de la classe sont des exemples d’influences pertinentes sur la santé mentale. De plus, les facteurs qui forment les compréhensions spécifiques culturelles de ce qu’est la santé mentale se doivent aussi d’être pris en compte. Les attentes en termes de bonheur et de développement personnel changent au cours de la vie d’un enfant et va dépendre du pays, de la communauté et de la famille de laquelle il est issu.

Des chiffres inquiétant sur la santé mentale et troubles mentaux chez les enfants
La situation des enfants dans le monde 2021- 3ème Partie

Dans cette partie, le rapport utilise des chiffres afin d’illustrer le coût humain d’une mauvaise santé mentale et des troubles mentaux. Il est important de noter que les pathologies mentales et le manque de prise en charge approprié représentent la première cause de mort, maladie et handicap dans la majorité des pays, peu importe la richesse. Ce fait est d’autant plus vrai pour les adolescents plus âgés.

Voici les faits principaux:

– Une estimation de 86 million d’adolescents agés de 15-19 ans et 80 million de 10-14 ans (ou 13% des adolescents au total) vivent avec un trouble mental en 2019

– Les garçons adolescents sont plus susceptibles de vivre des troubles, peu importe la tranche d’âge

– Cependant, les filles sont plus susceptibles de vivre une détresse psychologique, un manque de satisfaction vis-à-vis de leur vie ou bien d’un sentiment de bonheur et d’épanouissement en 2021.

– L’Amérique du Nord, le Moyen Orient et l’Afrique Nord, suivie de l’Europe de l’Ouest présente les pourcentages les plus hauts de troubles mentaux (18.6% pour les garçons et 16.3% pour les filles en Amérique du Nord; 17.3% pour les garçons et 16.8% pour les filles au Moyen Orient; 17% pour les garçons et 16.1% pour les filles en Europe de l’Ouest). La configuration est la même pour les deux groupes d’âge.

– Globalement, les troubles de l’anxiété et de la dépression sont les plus communs pour les adolescents âgés de de 10 à 19 ans (56.3% pour les filles et 31.4% pour les garçons)(8)

– Environ 45,800 adolescents meurent d’un suicide chaque année; et cela même lors de la tranche d’âge la plus saine d’une vie. Une mort arrive chaque onze minutes et le risque augmente avec l’âge.

– Le suicide est la cinquième cause la plus importante de mort chez les adolescents agés de 10 à 19 ans et la quatrième pour les 15-19 ans(9)

– Cinq filles pour chaque 100,000 and six garçons pour chaque 100,000 par an meurt d’un suicide(10)

– En Europe de l’Est et en Asie Centrale, le suicide est la première cause de mort pour les adolescents agés de 15 à 19 ans et la seconde plus importante en Amérique du Nord, Europe de l’Ouest et Asie du Sud.

Un appel à la prudence lors de la lecture des données

Ici, le rapport met en garde contre une interprétation du data comme vérité ultime. Historiquement, le suicide est sous-déclaré; tel que les données sur le sujet sont considérés insufisantes. De plus, le suicide fait toujours l’objet de stigmatisation et est toujours considéré illegal dans certains pays; affectant l’accessiblité de données. Souvent, la mort est enregistrée comme ‘inconnue’; particulièrement dans les cas des enfants afin d’éviter la stigmatisation sociale des familles concernées.
La santé mentale fait aussi l’objet de cette stigmatisation ainsi que de sous-déclaration puisque, dans la majorité des pays, le data n’est pas collecté ou utilisé afin de développer des politiques appropriées. Par ailleurs, dans les pays dans lequel les données sont recueillies, différentes méthodes sont utilisées, ce qui rend la comparaison difficile.

Évidemment, la collecte de données fiables constitue la première étape dans la compréhension de l’étendu du problème ainsi que la création de réponses appropriées. De l’investissement est nécessaire afin de générer ce data. Toutefois, l’investissement en recherche demeure bloqué aux alentours de US$3.7 milliards par an ce qui équivaut à US$0.50 centimes par personne par an. Seulement 33% de ce budget est réservé à la recherche sur la santé mentale et sur les enfants et adolescents. Particulièrement, seul 2.4% de ce budget en recherche est dépensé sur les pays à faible et à moyen revenu; au sein desquels 84% de la population mondiale vit.
Cependant, le coût requis dans la lutte pour la santé mentale s’élève à 6$ trillion depuis 2020; laissant un fossé conséquent entre ce qui est requis et ce qui est acté en matière de santé mentale.

La stigmatisation est l’obstacle principal à la recherche et aux politiques sur la santé mentale ainsi que les coûts financiers conséquents qui en découle
La situation des enfants dans le monde 2021- 4ème Partie

Tandis que les années récentes furent marquées par une sensibilisation sur la santé mentale grandissante, sa stigmatisation persiste. En particulier, la stigmatisation empêche l’implémentation de systèmes de support plus adaptés pour les jeunes. En effet, les jeunes affirment que parler de trouble mental est souvent plus handicapant que le trouble en soi. En général, ils ne demandent pas d’aide par peur d’un rejet ou d’une répercussion négative potentielle. Ce stigma est profondément ancré dans notre culture puisque, dès l’âge de six ans, les enfants associent déjà les troubles mentaux avec des termes tels que ‘fou’ et ‘instable.(11) Cette situation est accentuée pour les garçons de par les normes de genres oppressives qui estiment que la vulnérabilité n’est pas masculin. En effet, les garçons sont plus susceptibles d’ être stigmatisés mais aussi de stigmatiser en retour.(12)

Les risques de la stigmatisation: Individuel et Systémique

Le stigma peut influencer autant l’individu que son système au sens large. Sur l’échelle individuelle, l’enfant peut internaliser des sensations de culpabilité, de honte et une estime de soi à la baisse. Le stigma va venir influencer les actions, émotions, mécanismes de défense et le sens d’identité de l’enfant. Principalement, le stigma va entraver l’individu dans son accès à l’aide ainsi que l’empêcher de divulguer ses problèmes aux membres de sa familles et amis. Ce stigma influence la santé mentale aux deux extrémités. Il peut provoquer un trouble mental ainsi qu’aggraver un trouble existant. Le stigma peut aussi être systémique puisque ce biais va être sous-jacent dans les lois telles que les budgets décrétés sur la recherche ou la couverture financière des traitements de santé mentale. Par exemple, les psychologues ne sont pas remboursés par la Sécurité Sociale en France.
La stigmatisation va aussi conduire à l’absence de réponse institutionnelle vis-à-vis des problèmes de santé mentale.

Les coûts de l’inaction

Alors que l’ignorance institutionnelle de problèmes liés à la santé mentale implique des coûts humains; elle comprend aussi des coûts financiers. Ce coût à été calculé en estimant la valeur que les adolescents et enfants âgés de 0 à 19 ans pourraient contribuer aux économies s’ils n’étaient pas assujetti à des troubles mentaux. Ces calculs sont basés sur les années de vies perdues à l’handicap et à la mort. McDaid et Evans-Lacko ont calculé que la perte annuelle de capital humain liée aux troubles mentaux s’élève à US$340.2 milliards. Avant tout, ce nombre ne prend pas en compte le fardeau financier que ces troubles impliquent sur les systèmes de santé, d’éducation et judiciaire; signifiant que ce n’est qu’une faible représentation du coût actuel.

 

Retour sur investissement
Intéressement, l’investissement dans la santé mentale produit un retour positif sur investissement. Par exemple, les compagnies ayant investi dans le bien être de leurs employés ont reçu un retour de US$5 pour chaque US$1 investi. Naturellement, ce retour positif n’est pas seulement financier puisque les individus correctement accompagnés vont être capable de vivre leurs vies au maximum de leurs potentiel. Pareillement, des programmes scolaires sur le bien être des enfants et adolescents fournissent un retour de US$21 pour chaque US$1 investi et cela durant 80 ans.(13) Intéressement, le retour sur investissement le plus conséquent fut dans les pays à revenu faible et intermédiaire avec un retour de US$88,7 pour chaque US$1 investi. Les pays à faible revenu manifestent le pourcentage le plus important de population composé d’enfants et adolescents(14) .
Par conséquent, ce résultat fournit une justification ultérieure pour l’investissement sur la santé mentale; particulièrement dans ces pays.

* Summarized by Maya Shaw from Mental Health section of  The State of the World’s Children 2021

1. ‘The State of the World’s Children 2021’ https://www.unicef.org/reports/state-worlds-children-2021
2. United Nations Children’s Fund Regional Office for Europe and Central Asia, All Children Returning to School and Learning: Considerations for monitoring access and learning participation during and beyond the COVID-19 pandemic, UNICEF Europe and Central Asia, Geneva, 2020; United Nations Children’s Fund Brazil, Cenário da exclusão escolar no Brasil: Um alerta sobre os impactos da pandemia da COVID-19 na Educação, UNICEF Brazil, Brasília, April 2021; United Nations Children’s Fund, COVID-19: A threat to progress against child marriage, UNICEF, New York, 2021; International Labour Organization and United Nations Children’s Fund, COVID-19 and Child Labour: A time of crisis, a time to act, ILO and UNICEF, New York, 2020; Azevedo, Joao Pedro, et al., ‘Learning Losses due to COVID19 Could Add Up to $10 Trillion’, World Bank Blogs, 10 September 2020, https://blogs.worldbank.org/education/learning- losses-due-covid19-could-add-10-trillion .
World Health Organization, updates for the 2020 World Mental Health Atlas, forthcoming.
3. World Health Organization, Mental Health Action Plan 2013–2020, WHO, Geneva, 2013, p. 38.
4. WHO, Social Determinants of Mental Health, p. 13.
5. Barry, ‘Addressing the Determinants of Positive Mental Health’.
6. World Health Organization, WHO Methods and Data Sources for Global Burden of Disease Estimates 2000–2019, WHO, Geneva, December 2020, p. 25.
7. Kaushik, Anya, et al., ‘The Stigma of Mental Illness in Children and Adolescents: A systematic review’, Psychiatry Research, vol. 243, 2016, pp. 469–294.
8. Ibid, 8.
9. RTI International, ‘The Return on Investment for School- Based Prevention of Mental Health Disorders’, background paper for The State of the World’s Children 2021, United Nations Children’s Fund, May 2021.
10. United Nations Department of Economic and Social Affairs Population Dynamics, ‘World Population Prospects 2019: Data query’, https://population.un.org/wpp/DataQuery/.

 

Le Covid-19 affecte-t-il la santé mentale des enseignants?

Selon le Forum Économique Mondial, la pandémie du Covid-19 a eu un impact disproportionné sur les enseignants. Cet article met en lumière, non seulement le risque de santé imposé aux enseignants, mais également les effets néfastes sur leur santé mentale.  En effet, 80% des professeurs ont déclaré avoir connu un impact sur leur santé mentale; résultat de la pandémie. De plus, la mise en ligne de l’éducation se devait d’être effectuée rapidement; sans la prise en compte des difficultés que cela poserait pour les enseignants.

Certainement, cette information se doit d’être matérialisée en compensation financière afin de correspondre aux coûts personnels des enseignants mais aussi afin de refléter l’importance même de cette profession en soi. Effectivement, cette période de pandémie a souligné notre dépendance, en tant que système et individus, vis-à-vis des enseignants.
De plus, un salaire augmenté et de meilleures conditions de travail attireront probablement des éducateurs de meilleure qualité, ce qui à son tour, influencera de manière positive sur l’apprentissage des élèves.
En revanche, cet article présente l’écart évident entre les pays de l’OCDE en 2021.

Concrètement, le fossé le plus évident se trouve entre le Luxembourg, moyennant les 80 milles dollars annuels, et le Brésil, aux alentours de 15 milles dollars par an.

C’est d’après cette compréhension que les organismes de l’ONU (UNESCO, UNICEF et l’Organisation Internationale du Travail) ont réclamé l’augmentation de la compensation des professeurs le 5 octobre 2021, Journée Mondiale des Enseignants.

https://www.weforum.org/agenda/2021/10/teachers-pay-countries-salaries-education/

By Maya Shaw

 

The cover photo is taken from https://www.straitstimes.com/singapore/parenting-education/more-than-80-of-teachers-say-the-pandemic-has-hurt-their-mental-health

Table is taken from: https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/b35a14e5-en.pdf?expires=1640638137&id=id&accname=guest&checksum=95C1B13D56ADDB9B52D8C95B00B94F47

Rapport des Children’s Commissioners du Royaume-Uni au Comité des droits de l’enfant des Nations Unies

Ce rapport publié en décembre 2020 vise à informer le Comité des droits de l’enfant des Nations unies de la mise en œuvre de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CNUDE) au Royaume-Uni et à identifier les tendances émergentes et les questions clés relatives aux droits de l’enfant. L’article suivant recueille les observations les plus significatives du rapport.

– Incorporation de la CNUDE dans le droit national et non-ratification du troisième protocole facultatif

Les rapporteurs signalent que le Royaume-Uni a ratifié la CNUDE en 1991, mais qu’elle n’a pas été incorporée dans la législation nationale, et n’est pas invocable devant les tribunaux britanniques. De plus, le Royaume-Uni n’a pas ratifié le protocole facultatif à la CNUDE. En Angleterre et en Irlande du Nord, les ministres du gouvernement ne sont pas légalement tenus de tenir compte de la CNUDE, et aucun mouvement notable n’a été fait pour introduire la CNUDE dans le droit national. Toutefois, les commissaires saluent l’initiative écossaise visant à intégrer directement la CNUDE dans le droit écossais.

– Les droits et les intérêts des enfants ne sont pas prioritaires dans la prise de décision

Les rapporteurs notent que les droits ou la voix des enfants ne sont pas pris en compte dans les processus politiques ou législatifs au Royaume-Uni. Plus précisément, la qualité des évaluations de l’impact sur les droits de l’enfant est préoccupante, souvent sans analyse des options disponibles, sans justification des options choisies, sans mesures d’atténuation.

– Allocation inadéquate des ressources et absence de transparence dans la budgétisation

Dans tout le Royaume-Uni, il y a un manque de transparence et de clarté dans les processus budgétaires, les allocations et les dépenses concernant les enfants, ce qui rend difficile l’identification du montant des fonds alloués aux enfants. Le budget est également insuffisant. Par exemple, avant la pandémie, les services statutaires de l’enfance en Angleterre étaient confrontés à un manque à gagner de 3 milliards de livres. Répondre aux besoins de tous les enfants en situation de vulnérabilité coûterait environ 10 milliards de livres.

– Insuffisance de la collecte et de l’analyse des données

Il y a un manque de collecte de données cohérentes, consistantes, transparentes et systématiques concernant les enfants dans toutes les juridictions, ce qui rend difficile le suivi et la mesure des besoins des enfants et l’évaluation du respect de leurs droits.

Par exemple, en Irlande du Nord, le projet de loi sur la discrimination fondée sur l’âge ne s’appliquerait qu’aux personnes de plus de 16 ans. Dans certains domaines du droit écossais, un “enfant” est défini comme une personne de moins de 16 ans, ce qui signifie que certaines mesures de protection de l’enfance et de santé mentale ne s’appliquent pas aux jeunes de 16 et 17 ans dans certains contextes. En Angleterre, les élèves noirs des Caraïbes sont trois fois plus susceptibles d’être exclus de manière permanente que les élèves britanniques blancs et deux fois plus susceptibles de recevoir une exclusion à durée déterminée que les élèves britanniques blancs.

– Participation insuffisante des enfants et des jeunes à la prise de décision

Le droit des enfants à être entendus et à participer aux processus décisionnels dans toutes les juridictions est bafoué. L’âge du droit de vote aux élections générales britanniques reste fixé à 18 ans. Il devrait être abaissé à 16 ans.

– Violence contre les enfants

Dans tout le Royaume-Uni, l’isolement et la réclusion sont utilisés dans les établissements d’enseignement, de soins, de santé mentale et de détention, parfois en tant que mesure disciplinaire pour des incidents de faible gravité et parfois entrainant des blessures. Les politiques et pratiques des autorités locales sont incohérentes et ne reconnaissent pas les droits des enfants.

En ce qui concerne les abus sexuels, en Angleterre, la plupart des enfants victimes d’abus sexuels ne sont pas identifiés ou soutenus, et le processus d’enquête, y compris les retards importants dans les procès, est souvent traumatisant. En Irlande du Nord, le délai moyen de 986 jours pour que les affaires de délits sexuels impliquant des enfants victimes aboutissent est préoccupant.

En ce qui concerne les enfants enrôlés dans les forces armées, le Royaume-Uni continue d’enrôler des enfants à partir de 16 ans et de recruter activement des jeunes de 16 et 17 ans, malgré les recommandations du Comité. En Irlande du Nord, les intimidations, les fusillades et les attaques des paramilitaires continuent d’être perpétrées à l’encontre des enfants, faisant des victimes, des blessés, et beaucoup d’entre eux se retrouvent sans abri.

– Environnement familial et prise en charge

En Angleterre, les dépenses totales consacrées aux services à l’enfance ont diminué d’environ 11 % entre 2009/10 et 2017/18, et les services, y compris les services pour la jeunesse et les centres pour enfants, connaîtront une baisse de 60 % d’ici 2019/20.

L’absence de services appropriés, notamment de services résidentiels spécialisés, sur le lieu de résidence ou à proximité, signifie que les enfants d’Angleterre et du Pays de Galles sont placés dans des établissements non réglementés ou envoyés loin de chez eux.

– Handicap, santé et bien-être

Dans tout le Royaume-Uni, les enfants handicapés sont touchés de manière disproportionnée par l’insuffisance des ressources, notamment à cause des mesures dues à la pandémie. Dans l’ensemble, les enfants handicapés ne bénéficient pas toujours du soutien supplémentaire requis par la loi ou d’un accès égal aux services. En Angleterre, les services liés aux besoins éducatifs spéciaux et aux handicaps sont soumis à une pression croissante. En 2017/18, 81,3 % des autorités locales ont dépassé leur budget pour les besoins urgents. En Irlande du Nord, les services et le soutien en matière de santé mentale pour enfants sont souvent indisponibles, inaccessibles ou ne permettent pas de répondre à leurs besoins.

– Une protection insuffisante signifie que les enfants continuent de subir des discriminations

Par exemple, en Irlande du Nord, le projet de loi sur la discrimination fondée sur l’âge ne s’appliquerait qu’aux personnes de plus de 16 ans. Dans certains domaines du droit écossais, un “enfant” est défini comme une personne de moins de 16 ans, ce qui signifie que certaines mesures de protection de l’enfance et de santé mentale ne s’appliquent pas aux jeunes de 16 et 17 ans dans certains contextes. En Angleterre, les élèves noirs des Caraïbes sont trois fois plus susceptibles d’être exclus de manière permanente que les élèves britanniques blancs et deux fois plus susceptibles de recevoir une exclusion à durée déterminée que les élèves britanniques blancs.

– Participation insuffisante des enfants et des jeunes à la prise de décision

Le droit des enfants à être entendus et à participer aux processus décisionnels dans toutes les juridictions est bafoué. L’âge du droit de vote aux élections générales britanniques reste fixé à 18 ans. Il devrait être abaissé à 16 ans.

– Violence contre les enfants

Dans tout le Royaume-Uni, l’isolement et la réclusion sont utilisés dans les établissements d’enseignement, de soins, de santé mentale et de détention, parfois en tant que mesure disciplinaire pour des incidents de faible gravité et parfois entrainant des blessures. Les politiques et pratiques des autorités locales sont incohérentes et ne reconnaissent pas les droits des enfants.

En ce qui concerne les abus sexuels, en Angleterre, la plupart des enfants victimes d’abus sexuels ne sont pas identifiés ou soutenus, et le processus d’enquête, y compris les retards importants dans les procès, est souvent traumatisant. En Irlande du Nord, le délai moyen de 986 jours pour que les affaires de délits sexuels impliquant des enfants victimes aboutissent est préoccupant.

En ce qui concerne les enfants enrôlés dans les forces armées, le Royaume-Uni continue d’enrôler des enfants à partir de 16 ans et de recruter activement des jeunes de 16 et 17 ans, malgré les recommandations du Comité. En Irlande du Nord, les intimidations, les fusillades et les attaques des paramilitaires continuent d’être perpétrées à l’encontre des enfants, faisant des victimes, des blessés, et beaucoup d’entre eux se retrouvent sans abri.

– Environnement familial et prise en charge

En Angleterre, les dépenses totales consacrées aux services à l’enfance ont diminué d’environ 11 % entre 2009/10 et 2017/18, et les services, y compris les services pour la jeunesse et les centres pour enfants, connaîtront une baisse de 60 % d’ici 2019/20.

L’absence de services appropriés, notamment de services résidentiels spécialisés, sur le lieu de résidence ou à proximité, signifie que les enfants d’Angleterre et du Pays de Galles sont placés dans des établissements non réglementés ou envoyés loin de chez eux.

– Handicap, santé et bien-être

Dans tout le Royaume-Uni, les enfants handicapés sont touchés de manière disproportionnée par l’insuffisance des ressources, notamment à cause des mesures dues à la pandémie. Dans l’ensemble, les enfants handicapés ne bénéficient pas toujours du soutien supplémentaire requis par la loi ou d’un accès égal aux services. En Angleterre, les services liés aux besoins éducatifs spéciaux et aux handicaps sont soumis à une pression croissante. En 2017/18, 81,3 % des autorités locales ont dépassé leur budget pour les besoins urgents. En Irlande du Nord, les services et le soutien en matière de santé mentale pour enfants sont souvent indisponibles, inaccessibles ou ne permettent pas de répondre à leurs besoins.

– Incapacité à réaliser le meilleur état de santé possible.

En 2018, 35 % des décès des jeunes de 0 à 19 ans au Royaume-Uni ont été considérés comme évitables. En Angleterre, trop d’enfants n’ont pas accès aux traitements. Seul un quart des enfants dont l’état peut être diagnostiqué sont orientés vers une aide, plus d’un tiers des orientations sont rejetées, et les enfants attendent trop longtemps pour être traités – 53 jours en moyenne. Par conséquent, les enfants atteignent trop souvent le point de crise nécessitant des soins hospitaliers plutôt qu’un soutien au sein de la communauté.

– Des mesures insuffisantes pour lutter contre l’insécurité alimentaire des enfants

Il n’existe pas de mesure nationale unique contre la faim au Royaume-Uni. Avant la pandémie, on estimait à 1,9 million le nombre d’enfants souffrant d’insécurité alimentaire au Royaume-Uni.

– Pauvreté des enfants et réforme de l’aide sociale

Au Royaume-Uni, 4,2 millions d’enfants (30 %) vivaient dans la pauvreté en 2018/19, soit une augmentation de 600 000 par rapport à 2011/12. La pauvreté constitue un stress constant pour les enfants, dont 21 % citent le fait de ” ne pas avoir assez d’argent ” parmi leurs trois principales préoccupations et 5 % le fait de ” ne pas avoir assez de nourriture ou de vêtements “. Les opportunités pour les enfants en situation de pauvreté sont également moins nombreuses : 37 % des enfants qui bénéficient de repas scolaires gratuits quittent l’école sans avoir obtenu une qualification de niveau 2, contre 18 % pour l’ensemble des enfants.

– Un logement adéquat

Au Pays de Galles, en mars 2020, environ 69 % des personnes en logement temporaire étaient des familles avec enfants, y compris dans des foyers et des chambres d’hôtes. En Angleterre, il y a une crise du sans-abrisme familial. Il y avait environ 127 000 enfants dans des logements temporaires avant la pandémie et environ 90 000 familles susceptibles d’être dans des logements surpeuplés.

– Éducation, loisirs et activités culturelles

L’inégalité d’accès à l’éducation est un sujet de préoccupation au Royaume-Uni. En Irlande du Nord, de nombreux enfants, y compris les enfants handicapés, les enfants des gens du voyage, ceux issus de minorités ethniques, de milieux défavorisés et ayant des besoins supplémentaires, sont confrontés à des obstacles importants pour obtenir une éducation de qualité. En Écosse, les enfants handicapés, notamment ceux souffrant de troubles du spectre autistique et d’autres handicaps, ne sont pas en mesure d’accéder à l’éducation sur un pied d’égalité.

– Éducation aux droits de l’homme et à la CNUDE

En Angleterre et en Écosse, l’enseignement des droits de l’homme et de l’enfant n’est pas obligatoire dans les écoles. En Irlande du Nord, si la CNUDE et les droits de l’enfant sont pris en compte dans le programme scolaire des niveaux 1 à 4, ils ne sont pas obligatoires.

– Mesures insuffisantes pour protéger et soutenir les enfants migrants, réfugiés et demandeurs d’asile

Les enfants et les familles demandeurs d’asile et réfugiés se heurtent à des obstacles en matière de soins de santé et d’éducation, au manque de structures d’entretien adaptées aux enfants, à la vulnérabilité liée à l’épuisement des droits d’appel, au dénuement et aux cons

équences négatives de la politique d’ “environnement hostile” du gouvernement britannique.

– Le recours excessif à la privation de liberté

Dans tout le Royaume-Uni, on s’inquiète de plus en plus du fait que des enfants sont illégalement privés de leur liberté. En Angleterre, les enfants peuvent passer jusqu’à neuf mois en détention sans être condamnés. En 2019, deux tiers des enfants placés en détention provisoire n’ont pas été condamnés par la suite à une peine de prison.

– Impact du Brexit

Europosters.fr

La loi sur l’accord de retrait de l’Union européenne retire la Charte des droits fondamentaux de l’UE du droit britannique, ce qui affaiblit les protections juridiques des enfants. Elle contient des droits qui n’ont pas d’équivalent direct dans le droit britannique, notamment le fait que l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale dans toutes les mesures prises par une institution publique ou privée, un droit indépendant à la non-discrimination et le droit à la dignité humaine.

Pictures taken from the report

“”La riposte à la COVID-19″, Rapport annuel 2020 de l’UNICEF

L’UNICEF a publié son rapport annuel 2020 intitulé “a balayé les progrès obtenus de haute lutte en matière de développement en faveur des enfants et a poussé davantage de familles dans la pauvreté”.

Tout d’abord, ce rapport souligne comment la COVID-19 a affecté les enfants en 2020. Même si les enfants sont moins vulnérables au virus que les adultes, les fermetures d’écoles, la vulnérabilité accrue aux abus, les pressions sur la santé mentale des parents et des familles, l’éloignement des amis et la perte d’accès aux services vitaux de soins de santé et de protection ont profondément blessé les enfants. Le rapport souligne que les enfants n’ont pas été touchés de la même manière, les enfants des communautés des pays pauvres et ceux déjà défavorisés par la discrimination, l’exclusion sociale, la fragilité et les conflits étant plus touchés. Le rapport fournit quelques chiffres significatifs :

  • On estime que 142 millions d’enfants supplémentaires seraient tombés dans la pauvreté monétaire à la fin de l’année 2020
  • Au moins 1 écolier sur 3 n’a pas pu accéder à l’enseignement à distance alors que son école était fermée, et 1,6 milliard d’enfants et de jeunes ont été affectés par la fermeture des écoles.
  • Environ 80 millions d’enfants de moins d’un an pourraient être privés de vaccins vitaux dans au moins 68 pays.
  • Environ 80 millions d’enfants de moins d’un an pourraient être privés de vaccins vitaux dans au moins 68 pays.

Pour lutter contre ces chiffres, l’UNICEF a établi cinq domaines d’objectifs :

  • Chaque enfant survit et s’épanouit, en se concentrant sur la santé et la nutrition, en fournissant des antibiotiques, en soutenant les établissements de santé, en traitant la malnutrition…
  • Chaque enfant apprend : en se concentrant sur l’éducation, en soutenant l’enseignement à distance pour les enfants migrants, déplacés, réfugiés et rapatriés, en fournissant du matériel pédagogique…
  • Chaque enfant est protégé contre la violence et l’exploitation, par la prévention, le soutien psychologique, les services sociaux…
  • Chaque enfant vit dans un environnement sûr et propre, en préservant les droits inscrits dans la Convention relative aux droits de l’enfant, en œuvrant pour réduire la pauvreté des enfants et mettre fin à la discrimination.

S

La pandémie a amené l’UNICEF à changer de stratégie et à choisir de se concentrer sur le soutien gagnant des enfants et des jeunes. La communication et la prévention sont devenus encore plus critiques face à la pandémie mondiale, les canaux numériques et les campagnes de prévention jouant un rôle clé pour garantir les droits des enfants dans l’environnement COVID-19. Cette nouvelle stratégie comprenait également le développement de partenariats : 146 partenaires gouvernementaux ainsi que des organisations intergouvernementales et des arrangements inter-organisationnels ont apporté une contribution record de 5,5 milliards de dollars en ressources pour les enfants dans le monde. L’innovation faisait également partie de la nouvelle stratégie avec le lancement de la première Stratégie mondiale d’innovation de l’UNICEF au début de 2020. Cette stratégie vise à positionner l’innovation comme un outil clé pour obtenir un changement global et durable pour les enfants.

 

By Morgane Bizien

Pictures taken from the report: https://www.unicef.org/media/100946/file/UNICEF%20Annual%20Report%202020.pdf

Rapport du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires.

Le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires a publié un rapport sur les disparitions forcées et involontaires perpétrées dans le monde du 16 mai 2020 au 21 mai 2021. Au cours de la période considérée, le Groupe de travail a transmis 651 nouveaux cas de disparition forcée à 30 États.

taken from https://www.alhaq.org

Ce groupe de travail est le premier mécanisme thématique des droits de l’homme des Nations unies , investi d’un mandat de portée mondiale, dont la tâche principale est d’aider les familles à faire la lumière sur le sort réservé à leur proche disparu et sur le lieu où il ou elle se trouve

En Turquie, le groupe de travail a signalé 86 cas en suspens au début de la période de référence. Seuls deux cas ont été éclaircis par le gouvernement pendant la période considérée.

Le groupe de travail a également documenté des cas de transferts extraterritoriaux ayant conduit à des disparitions forcées avec la participation, le soutien ou l’assentiment d’autres États, dans le but de capturer leurs ressortissants ou des ressortissants de pays tiers, souvent dans le cadre d’opérations prétendument antiterroristes.

taken from https://pro-justice.org

De graves allégations de violations flagrantes des droits de l’homme, notamment de disparitions forcées, ont été signalées au Groupe de travail peu avant, pendant ou immédiatement après les transferts transnationaux présumés du Kosovo vers la Turquie. Le rapport souligne l’inquiétude du groupe quant à l’usage continu des enlèvements extraterritoriaux et des retours forcés sous le prétexte de combattre le terrorisme et de protéger la sécurité nationale. Le Groupe de travail exhorte donc le gouvernement turc à prévenir et à mettre fin aux disparitions forcées, comme le stipule l’article 2 de la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Le Groupe de travail rappelle qu’aucune circonstance, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse d’une menace de guerre, d’un état de guerre, d’instabilité politique interne ou de tout autre état d’urgence, ne peut être invoquée pour justifier des disparitions forcées.

D’autre part, le rapport souligne l’impunité qui entoure les auteurs de disparitions forcées et s’inquiète de la tendance à recourir aux transferts transnationaux. Le groupe de travail a rappelé que ces transferts réunissent tous les éléments du crime de disparition forcée lorsqu’avant, pendant ou après ceux-ci, les informations sur le sort de la personne concernée ou le lieu où elle se trouve ne sont pas révélées ou divulguées. En outre, ces transferts provoquent un déni de justice tant que les individus sont privés de liberté, et violent les droits à un recours effectif et à un procès équitable.

 

By Morgane Bizien

Featured image is taken from /stockholmcf.org

LES “ARMÉES DE L’OMBRE” DE L’EUROPE

LES “ARMÉES DE L’OMBRE” DE L’EUROPE

Le 6 octobre dernier, Lighthouse Reports a publié une vidéo sur son compte twitter révélant la campagne européenne d’hommes masqués chargés de refouler les demandeurs d’asile aux frontières de l’UE. Sur cette vidéo, on peut clairement voir des hommes masqués frapper des demandeurs d’asile à coups de matraque alors qu’ils tentent de s’enfuir et entendre les cris des personnes battues.  L’organisation à but non lucratif signale des cas similaires en Croatie, en Grèce et en Roumanie.

Grâce aux témoignages des victimes ou d’anciens policiers ou gardiens, à des séquences vidéo, et après avoir tracé les fonds donnés par l’UE, Lighthouse Reports a rassemblé des preuves solides démontrant l’implication de l’UE et des gouvernements nationaux. L’organisation a détaillé le cas de la Croatie et a déclaré que les séquences filmées avec des caméras et des drones puissants permettent d’identifier les uniformes des hommes masqués comme étant des vestes de la  Intervention Police. La the Intervention Police est la branche antiémeute de la police croate, dont les vestes sont financées par le Fonds de sécurité intérieure de l’UE. L’organisation a réussi à filmer 11 pushbacks en Croatie. Des constatations similaires ont été faites en Roumanie. En Grèce, Lighthouse Reports a recueilli et analysé 635 vidéos de prétendus pushbacks dans la mer Égée, dont au moins 15 montrant des hommes masqués en action.

 

 

Le rapport a également mis en évidence le recours à la violence de la part des hommes cagoulés, avec plusieurs témoignages de demandeurs d’asile agressés. Les témoignages de policiers impliqués dans les opérations frontalières confirment le recours régulier à la violence. Il est également connu que les effets personnels des migrants sont volés et confisqués, puis brûlés.

L’UE est donc impliquée dans pushbacks perpétrées à la frontière par les polices nationales grâce à son soutien financier et matériel. La politique migratoire de l’UE était déjà très critiquée en raison de sa politique menée aux frontières, en concluant des accords avec des pays tiers comme la Turquie ou la Libye.

Ces politiques internes et externes menées par l’UE et les États membres vont à l’encontre de toutes les valeurs fondamentales de l’UE, du cadre juridique des droits de l’homme de l’UE et des règlements de l’UE sur la migration.

Les migrants repoussés aux frontières peuvent être des réfugiés originaires de pays limitrophes de l’Europe, comme la Turquie, ou des ressortissants de pays tiers (Syrie ou Afghanistan) qui utilisent les pays frontaliers européens comme transit pour atteindre l’Europe. Les refoulements aux frontières de l’UE par les hommes masqués peuvent donc avoir des conséquences tragiques pour les migrants, en particulier pour les réfugiés fuyant les pays frontaliers de l’Europe. Par exemple, si un demandeur d’asile turc fuyant les persécutions du gouvernement turc est repoussé à la frontière grecque, il devra retourner en Turquie, où sa vie pourrait être en danger. Un réfugié syrien repoussé à la frontière européenne pourra continuer sa vie en Turquie. Les armées de l’ombre violent donc le principe de non-refoulement, selon lequel personne ne doit être renvoyé dans un pays où il risque d’être torturé, de subir des peines ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants et d’autres dommages irréparables.

 

[1]OHCHR, “The principle of non-refoulment under international human rights law” (available in https://www.ohchr.org/Documents/Issues/Migration/GlobalCompactMigration/ThePrincipleNon-RefoulementUnderInternationalHumanRightsLaw.pdf, 14/09/2020)

Photo is taken from https://www.lighthousereports.nl/investigation/unmasking-europes-shadow-armies/

Morgane Bizien

N’arrêtez pas Ayse Ozdogan

#AyşeÖzdoğanTutuklanmasın
(N’arrêtez pas Ayse Ozdogan)

Ce hashtag a été créé pour lutter contre la peine de neuf ans et six mois de prison prononcée contre Ayse Ozdogan par une cour d’appel suprême turque.

Malgré la réaction sociale massive en Turquie sur les médias sociaux, Ayse Ozdogan a été arrêtée samedi dernier. Son frère a déclaré sur Twitter que “l’exécution n’a pas été reportée, ils sont venus chercher ma sœur”. Les motifs de sa condamnation étaient les suivants : être administratrice dans une résidence étudiante privée, avoir un compte à la Bank Asya, utiliser l’application Bylock et être membre d’une organisation terroriste armée, à savoir le Mouvement Gulen.

Le Mouvement Gulen est considéré comme une organisation terroriste selon le régime d’Erdoğan, qui a accusé le groupe de participer à la tentative de coup d’État de juillet 2016. Depuis ce jour, le gouvernement mène une sévère répression sur le membre des groupes ou les personnes liées au groupe d’une manière ou d’une autre.

L’arrestation d’Ayse Ozdogan a suscité une telle controverse en Turquie parce qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale. Elle avait déjà été placée en détention peu après une première opération le 12 novembre 2019. Sa détention a provoqué une réaction massive et une campagne en ligne lancée par Ömer Faruk Gergerlioğlu, un militant des droits de l’homme et député du Parti démocratique des peuples (HDP) a conduit à sa libération le 27 décembre 2019.

Cependant, son état de santé s’est aggravé car elle n’a pas pu subir sa deuxième opération. Le cancer s’étant propagé, la dent, le palais, l’os zygomatique et les ganglions lymphatiques d’Özdoğan ont été retirés lors d’une opération d’urgence. Elle a donc perdu sa capacité à voir et à entendre en raison du traumatisme subi par les os de son visage.

Ayse Ozdogan se souvient de son audience avec le juge :

Je me suis présentée devant le juge alors que j’avais encore des blessures dans la bouche et sur le visage et que mes points de suture n’avaient pas été retirés. À la suite de la décision d’arrestation prise par le juge, je suis tombée malade et je me suis évanouie à la fin de l’audience. Le premier jour, j’étais seule dans une cellule, il faisait froid et j’ai dû dormir sur le sol. Je cognais mes zones opérées contre le mur du lit superposé car j’avais du mal à marcher. Quand on m’a emmené dans le service, mon visage et mes yeux étaient tellement enflés que je ne pouvais plus voir.

Malgré les preuves évidentes de l’état de santé d’Ayşe Özdoğan et les risques d’une détention, il a été déterminé dans le rapport du 3ème Comité de spécialisation de la Présidence de la médecine légale le 1er octobre 2021, ” que des métastases n’ont pas été trouvées lors de ses examens, qu’elle a été suivie à intervalles réguliers sans traitement : elle a vécu sa vie dans des conditions carcérales “. Il a été conclu qu’elle peut poursuivre sa peine seule et que sa peine peut être poursuivie en prison en assurant un contrôle polyclinique régulier.”

Selon l’Association des droits de l’homme (İHD), il y a plus de 1 605 prisonniers malades dans les prisons turques, dont environ 604 sont gravement malades. Malgré les rapports médico-légaux et médicaux indiquant qu’ils sont incapables de rester en prison, ils ne sont pas libérés.

 

Morgane Bizien

 

 

 

 

 

Le gouvernement turc est jugé pour “violations des droits de l’homme” par le tribunal turc à Genève

Le 20 septembre dernier a débuté la première session du Tribunal pour la Turquie à Genève. Comme l’a rappelé le Dr. Françoise Barones Tulkens lors de l’introduction, le Tribunal pour la Turquie est un tribunal d’opinion : il ne relève pas de l’ordre judiciaire d’un Etat et n’est pas tribunal mis en place par une Organisation Internationale. Le tribunal est un tribunal extraordinaire né de la détermination de la société civile. Même si ses décisions ne sont pas contraignantes, il est un instrument et une plateforme pour donner reconnaissance, visibilité et voix aux personnes qui dénoncent des violations de leurs droits fondamentaux. Le tribunal est indépendant, respecte le principe d’un procès équitable et utilise une méthode judiciaire pour rendre ses décisions. L’objectif fondamental du tribunal est d’alerter l’opinion publique et les gouvernements et de contribuer à l’avancement du droit international et national.

Le tribunal entendra six rapporteurs sur la torture, les enlèvements, la liberté de la presse, l’impunité, l’accès à la justice et l’indépendance judiciaire et les crimes contre l’humanité en Turquie. 15 témoins seront également entendus. Le gouvernement turc a également reçu une invitation et une copie des différents rapports mais il n’a pas donné suite.

Le tribunal formulera une opinion sur la conformité des actions de la Turquie avec le droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire. Le tribunal n’a pas de pouvoirs d’investigation et n’engagera pas de responsabilité pénale ou civile. La décision, bien que non contraignante, aura une valeur morale et donnera des outils juridiques aux victimes, aux avocats ou aux ONG qui souhaitent agir par la suite.

 

Premier rapporteur sur la torture :

Les principaux textes juridiques qui ont consacré l’interdiction de la torture sont la Convention contre la torture et la Convention européenne des droits de l’homme. Le rapporteur a rappelé que ces conventions établissent le minimum que les lois nationales doivent inclure dans le code pénal, et que la criminalisation de la torture par des sanctions d’emprisonnement est une obligation. En d’autres termes, un acte qui remplit les critères de la définition de la torture selon la Convention contre la torture ne peut être considéré comme un crime mineur, comme un mauvais traitement par exemple. L’interdiction de la torture est absolue, ce qui signifie qu’aucune exception ou dérogation ne peut justifier son utilisation. La responsabilité de l’Etat peut être engagée s’il n’a pas protégé les citoyens contre les actes de torture perpétrés par des acteurs privés, et pour défaut d’enquête et de poursuites. La charge de la preuve incombe aux victimes, mais s’il existe une suspicion raisonnable de torture pendant une détention, les accusés devront apporter la preuve du contraire.

Le rapporteur s’est appuyé sur les statistiques publiées par le gouvernement turc. Cependant, il a souligné des divergences entre les chiffres fournis par les ONG et par le gouvernement. Le rapporteur a donc soutenu que toutes les plaintes n’ont pas fait l’objet d’une enquête par le gouvernement. Par exemple, 2063 cas de personnes ont été dénoncés une violation de l’interdiction à la torture à l’ONG Human rights in Turkey entre 2000 et 2015. Le rapporteur a noté que le nombre de dossiers ouverts a diminué de 50 % entre 2013 et 2015. Cependant, les indicateurs démontrent que le nombre de cas a augmenté et n’a pas diminué. L’explication serait la diminution de la volonté du gouvernement de punir les auteurs d’actes de torture. Ces actes sont principalement l’usage excessif de la force en détention, les passages à tabac, les humiliations, les agressions sexuelles, les chocs électriques.

La torture est une pratique répandue en Turquie depuis des décennies, surtout après le coup d’Etat de 1980. Dans les années 2000, une tolérance zéro envers la torture a été appliquée, ce qui a conduit à quelques améliorations. Cependant, au cours des 10 dernières années, on constate une résurgence de la torture, dans une impunité quasi totale. Actuellement, 441 cas devant la CEDH pour des violations de l’art3 sont examinés, ce qui représente plus de cas que ceux sous investigation par les autorités turques.

Les groupes visés sont les membres du mouvement kurde, du mouvement Gulen, les mineurs et les criminels de droit commun. En outre, la manière dont ils sont réprimés dépend de la nécessité pour la police de les transformer en informateurs. Les membres du PKK, de l’organisation d’extrême gauche ou du mouvement Gulen sont plus susceptibles d’être enlevés, et les épouses des hommes suspects détenues.

Le rapporteur a conclu que le recours à la torture est systématique et organisé, sans enquêtes, sanctions et diligence raisonnable. En réponse à cela, le gouvernement turc a fait valoir que les victimes ne fournissent aucune preuve médicale, qu’elles sont des opposants politiques et que le taux de condamnation pour acte de torture est très faible.



Témoin 1: Mehmet Alp

Le premier témoin est un professeur de chimie et un administrateur dans une école d’une région turque du sud-est de la Turquie. Le 18 avril 2018, il a été enlevé de force après avoir emmené son enfant à l’école. Une voiture est arrivée derrière lui, et les hommes l’ont fait monter dans la voiture. Ils se sont présentés comme des policiers, et ont avancé qu’un de ses élèves aurait rejoint le PKK et le gouvernement. Mr Alp a essayé d’avertir les autorités, mais rien n’a été fait.

Un mois avant le coup d’État, il a été arrêté à nouveau et interrogé sur le mouvement Gulen. Au total, il a été détenu dans 4 prisons et 17 cellules.  Pendant 2 mois, il n’a pas pu manger de fruits ou de légumes, ni voir un médecin. Il a commencé à avoir des problèmes internes tels que des hémorragies internes. Cependant, on a dit aux gardes de ne pas s’occuper de lui parce qu’il était considéré comme un terroriste appartenant au mouvement Gulen. Après ces deux mois, il a finalement été amené à l’hôpital où on lui a diagnostiqué un cancer de l’intestin. En novembre, il a été transféré à nouveau. Le 28 mai 2017, deux personnes lui ont enlevé ses menottes et l’ont emmené à 200 km de là. Ils ont continué à lui poser des questions sur les fonctions qu’il a remplies pendant le coup d’État du 15 juillet. Il a répondu qu’il n’avait pas participé au coup d’État et qu’il n’avait rien à voir avec le groupe Gulen. Il a refusé de signer les documents qu’ils lui ordonnaient de signer. Il avait un sac sur la tête, et était dans une pièce sombre, sous la prison. Ils l’ont battu sur la tête et le corps avec des objets métalliques. Il s’est évanoui et saignait du nez. Il a été mis dans une camionnette et finalement transporté à l’hôpital. Dans cette prison, il a rencontré un académicien torturé à l’électricité.

Il a réussi à écrire tout ce qu’il a vécu grâce à du papier toilette. Il n’a pas été autorisé à voir son avocat ni sa femme.

Le 6 juin, il devait passer devant les tribunaux, et les gardiens l’ont menacé, lui et sa famille, s’il disait quoi que ce soit sur les actes de torture dont il avait été victime. Il n’a donc rien dévoilé et a été déclaré coupable.

Il a été accusé en premier lieu de falsification, puis d’être membre d’une association armée et enfin de participation au coup d’État. Après avoir été libéré, il s’est adressé aux autorités, mais rien ne s’est passé car la police, les procureurs et le tribunal travaillent ensemble. Il n’a pu se battre pour ses droits que dans les pays libres, car en Turquie cela est impossible.

Témoin 2: Erhan Dogan

Le deuxième témoin était professeur d’histoire à Ankara. Lorsque le coup d’État a eu lieu, il travaillait dans une école appartenant au groupe Gulen à Ankara. Une semaine après, de nombreuses arrestations ont commencé à avoir lieu et les écoles proches du groupe Gulen ont été pillées, brûlées, détruites. Dix jours plus tard, un enseignant de son école l’a appelé parce que des policiers le réclamaient. Il s’est rendu à l’école et a vu des gens qui l’attendaient. Ils l’ont pris par le col et l’ont poussé contre le mur. Ils l’ont insulté de terroriste, l’ont battu et lui ont dit que s’il refusait d’obéir à leurs ordres, sa vie entière serait détruite, y compris sa famille. Ils lui ont demandé avec qui il avait eu des réunions ou des discussions. Ils lui ont demandé dix noms de hauts responsables du groupe Gulen. En outre, ils voulaient qu’il reconnaisse être membre d’une organisation terroriste et qu’il signe des documents l’incriminant. Le témoin a répondu qu’il n’était pas un terroriste et a donc été torturé pendant un certain temps. Un policier officiel d’Ankara est ensuite arrivé, a volé leur ordinateur et leur téléphone et les a emmenés dans la ville d’Ankara, au poste de police antiterroriste.

Une fois arrivé au poste, il a été escorté par 12 policiers qui les ont insultés, les ont traités de chiens et les ont battus. Il a été séparé des autres, et ils lui ont dit qu’il pouvait mourir, et que beaucoup de gens meurent ici et que personne ne le sait. Ils l’ont emmené dans un gymnase, avec des gens en orange et des menottes. Il y avait du sang autour de lui sur les murs, ce qui était la preuve que des détenues étaient torturés ici. Il a appris plus tard que les soldats arrêtés après le coup d’État étaient torturés dans cette pièce. On lui a donné un petit morceau de pain, de la confiture, une bouteille d’eau. Les autres détenus étaient des universitaires. L’un d’eux était diabétique et toutes ses demandes de soins ont été rejetées. Il se souvient de plusieurs actes de torture, comme d’avoir été déshabillé avec de l’eau froide sur lui, et d’avoir été battu avec des matraques ou quatre officiers qui lui frappaient la tête contre le mur et lui posaient sans cesse des questions sur le groupe Gulen. Une fois, ils l’ont attaché avec les mains derrière, et ¡l’ont laissé pendu au plafond pendant une ou deux heures. Après cela, il s’est souvenu qu’il pensait que toutes ses os étaient cassés et qu’il ne pouvait plus marcher. Ils l’ont amené auprès d’une personne habillée comme un médecin, qui lui a demandé comment il allait. Il a répondu qu’il avait été torturé, alors les fonctionnaires l’ont ramené et l’ont à nouveau torturé. La deuxième fois, il a répondu qu’il allait bien, alors il est revenu au gymnase.

L’un des événements les plus marquants qu’il a vécus a été d’entendre les cris des femmes détenues dans les cellules voisines, qui suppliaient les gardes de ne pas les violer. Les gardes ont aussi menacé  sa femme et sa fille, en lui disant qu’elles pourraient finir comme ces femmes. Il a alors pensé au suicide, mais il ne l’a pas fait en raison de ses croyances religieuses.

Lorsqu’il a été emmené au tribunal, le policier qui l’avait torturé l’accompagnait, et le juge n’a pas posé de question, car il avait déjà été entendu lorsqu’il a été arrêté. Le juge a donc décidé de l’arrêter et il a été emmené à la prison pour crimes aggravés. Là, il a souffert de la colère des Palestiniens, car il a été présenté comme terroriste.

On les a emmenés dans une cellule pour 16 personnes, dans laquelle environ 50 personnes étaient détenues. Les conditions de détention étaient précaires et insalubres: ils devaient attendre 4o minutes pour aller aux toilettes, et ils avaient de l’eau chaude une fois par semaine pendant 30 minutes. Il étaient constamment insulté par les gardiens.

Un jour, les gardes leur ont annoncé qu’une délégation du Comité européen des droits de l’homme allait venir faire une inspection. Ils les ont averti que s’ils disaient quoi que ce soit d’autre que le texte qui leur avait été donné, ils ne pourraient pas voir leur famille (qu’ils ne pouvaient voir qu’une fois tous les deux mois) ou ils seraient envoyés en cellule d’isolement. La délégation est finalement venue, mais personne n’a rien dit.

Le témoin s’est souvenu qu’ils entendaient constamment la déclaration suivante : “même si tu sors, ta vie sera un enfer”.

Il a été détenu au total pendant 10 mois sans aucune inculpation. Après sa libération, il a découvert que les motifs de sa détention étaient qu’il travaillait dans une école appartenant au groupe Gulen, qu’il était membre d’un syndicat, qu’il avait un compte bancaire à la banque Asia et qu’il utilisait l’application Bylock.

Il est passé devant le tribunal à quatre reprises et a été condamné à 7 ans et 6 mois de prison, sans procès équitable. Il a présenté un recours devant le tribunal administratif, et la plus haute instance l’a libéré sous contrôle judiciaire. Le tribunal a finalement confirmé la sentence et son cas est actuellement examiné par la cour de cassation. Entre-temps, il a fui la Turquie.  Étant donné que sa famille le considère comme un terroriste et la pression de la société influencée par le discours du gouvernement, il a décidé de fuir la Turquie. Il est passé par la Grèce ant de rejoindre l’Allemagne oú il essaye de se reconstruire avec sa famille.

Témoin 3 : Eren Keskin, défenseur des droits de l’homme

L’avocat a rappelé que les coupables ne sont pas seulement les policiers ou les gardes qui torturent, mais aussi les procureurs qui n’enquêtent pas pas, les juges qui acquittent les coupables et les médecins légistes qui occultent la torture.

Le témoin a souligné que l’un des principaux problèmes est la documentation de la torture, car les juges n’acceptent que les rapports médico-légaux comme preuve alors que la loi n’établit pas une liste exhaustive des preuves recevables. Cependant, les médecins légistes sont des fonctionnaires dépendant de l’autorité politique et donc liés au gouvernement. Ils ne fournissent donc pas de preuves d’actes de torture. Par exemple, ils publient le rapport d’une personne presque morte en indiquant qu’elle peut rester en prison.

La Turquie a déjà été condamnée par l’ECthR dans l’affaire Sukran aydin, car il n’y avait pas de rapport d’un médecin indépendant ou de centres de réhabilitation.

Selon le témoin, la torture a toujours été une politique d’État, même si elle est légalement interdite. Les avocats sont tenus à l’écart du système parce qu’ils sont des défenseurs, et parfois ils ne sont pas autorisés à rendre visite à leurs clients en prison.

Le témoin a été condamné en tant que terroriste armé, ce qui est la première fois après 30 ans de travail en tant qu’avocat. Elle s’attend à être détenue tous les jours, comme de nombreux politiciens du HDP qui sont en prison uniquement à cause de leurs idées.

Morgane Bizien

 

Conférence de presse sur le soi-disant coup d’État du 15 juillet 2016

À la date du 15 juillet 2016, s’est joué perfidement en Turquie un coup d’état militaire théâtralisé. A la suite de cette tentative de coup d’état, toute la communauté turque a été victime d’injustice. Par des décrets-loi, nombreux citoyens turques se sont fait limogés, congédiés, ont vu leur passeport et diplômes suspendus, des arrestations groupés ont eu lieu et de nombreuses personnes se sont fait incarcérées et gravement torturées en prison. Ces tortures ont eu pour conséquences nombreux décès et suicides. Les conditions inhumaines d’incarcération comprenant la mise en cellule non réglementaire, la surpopulation, le manque d’hygiène et de soins sont maintenus aujourd’hui encore. Les victimes des violations des droits de l’homme en Turquie ont du quitté leur pays pour trouver refuge ailleurs. Lors de la traversée de l’Égée et de l’Evros, certains ont perdu leur vie ou celle de leurs enfants en fuyant la pression et les menaces qu’ils subissaient en Turquie.

En temps que Platforme Broken Chalk, nous tenons à retenir l’attention sur les injustices causées en Turquie et dans le monde par l’obstination du régime d’Erdoğan à déclarer licite tous les moyens pour faire taire les opposants et faire disparaître toute personne ne se ralliant pas à sa pensée.

En mettant en scène cette pièce de théâtre sanglante, en se détournant de la démocratie, des droits humains universels, de la primauté du droit, de la liberté et de la justice, en isolant la Turquie du reste du monde, en terrorisant l’innocent peuple anatolien, le régime d’Erdoğan a fini par constitué une menace pour toute l’humanité. Ses propos haineux contre les minorités constituant la diversité de la société par leurs différentes langues, religions, ethnies et pensées ne cesse d’augmenter. Ce régime se sert démesurément de tout les moyens, forces et ressources de l’État ainsi que des médias afin de détruire l’harmonie, l’union, l’intégrité et la fraternité de la société. Il fait primer ses intérêts sur ceux du pays et du peuple au lieu de faire le contraire. Au nom de la perpétuité du régime, il entreprend toute sorte d’injustice pour contrôler les Kurdes, les Alévis, les visions libérales et le mouvement Hizmet. Par ailleurs, il tente de lyncher le mouvement Hizmet en Turquie et dans le reste du monde en se servant de tous les moyens de l’État et des établissements privées.

Par des décrets-loi, le régime d’Erdoğan a radié de brillants employés expérimentés dans toute les branches de la fonction publique. Le nombre de personne s’étant fait radié de la fonction publique dépasse maintenant le seuil de 126000. Il a également refusé le droit de vie à de brillants médecins, ingénieurs, procureurs, juges, avocats, diplomates, scientifiques, théologiens, écrivains, artistes, politiciens, professionnel de l’industrie, sportifs, académiciens, enseignants, étudiants et à des dizaines de milliers de personnes instruites ayant contribué au développement et à la notoriété du pays en travaillant sérieusement dans leur branches respectives.

15 universités, 1065 lycées, collèges et primaires, 980 centre d’accompagnement scolaires 848 internats ouverts en vertus des lois en vigueur et tenues conforme à tout type d’audit ont été subitement fermés par des décrets-loi. Plus de 35 000 enseignants et 30 000 assistants travaillant dans ces établissements d’enseignement fermés se sont retrouvés sans emploi. Les travailleurs de l’éducation issus de ces établissements subirent une discrimination si forte qu’il ne leur était plus possible de travailler dans une institution privée ou publique, ainsi s’est constituée une grande communauté de chômeurs. Les établissements d’enseignement fermés ainsi que tous les biens des anciens employés de l’établissement ont été confisqués. De plus, ces personnes et leurs familles ont été condamnées à une mort sociale en étant privé de tout droit social. Le syndicat des employeurs des métiers de l’éducation (EKASEN), le syndicat Pak de l’éducation et le syndicats des enseignants actifs (AKTIFSEN) ont été fermés.

Une enquête sur l’appartenance à une organisation terroriste est ouverte pour la quasi totalité des enseignants issus de ces établissements fermés. Les personnes placées en garde à vue ont été soumis à l’isolation en cellule, à la détention prolongée et à des procès illégaux. Ces pratiques sont humiliantes en elles-même et visent à détruire leur réputation aux yeux de tous. En outre, les victimes ont été soumises à la torture et à des mauvais traitements, 40 à 50 personnes ont été contraintes à rester dans des compartiment prévus pour 12 personnes. Ces traitements sont un crime contre l’humanité et une violation des droits de l’homme.

Selon les données du ministère de l’Intérieur, le régime Erdogan a ouvert une enquête criminelle contre 511 000 personnes à la suite de pressions illégales et fascistes, et plus de 125 000 personnes ont été arrêtées pour appartenance à une organisation terroriste. À l’heure actuelle, plus de 31000 détenus se trouvent incarcérées dans les prisons turques. Tandis qu’il ya 11000 femmes détenues dans les prisons turques, 780 bébés sont en train de grandir en prison auprès de leur mère sans même avoir pu vivre leur enfance librement.

Nombreuses personnes ont été enlevées par les services de renseignement en Turquie et à l’étranger et soumises à de graves tortures. Pour certains d’entre eux, nous n’avons toujours pas eu de nouvelles. De plus, les détenus gravement malades ne sont pas traités et abandonnés à leur sort. De nombreux patients atteints de cancer sont condamnés à mort par l’État qui ne leur autorise pas de quitter le pays pour suivre un traitement

 

Avec la perfide mise en scène théâtralisé du coup d’État du 15 juillet, le discours de haine, l’approche oppressive polarisante et séparatrice du régime d’Erdogan, l’unité et la solidarité dans le pays se sont détériorés. Les gens ont perdu leur confiance en l’État et leurs concitoyens. Les innocents dont les passeports ont été confisqués et interdits de séjour à l’étranger ont dû quitter par des routes illégales leur domicile, leur patrie et leur foyer et migrer vers les pays européens dans l’espoir d’une vie libre et démocratique et beaucoup ont perdu leur vie sur ces routes.

 

Nous attendons des Nations Unies, de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, des parlementaires de l’Union Européenne, des médias et de tous les peuples qu’ils ne gardent pas le silence et s’acquittent de leurs responsabilités face aux persécutions qui ont lieu en Turquie, l’injustice du régime Erdogan, son attitude dictatoriale et les injustices provoquées. Nous sommes fermement convaincus que l’état de droit ne sera atteint que grâce à la solidarité humaine

En tant que Broken Chalk Platform, nous attendons avec patience et espoir le jour où les vrais criminels seront trouvés et punis devant des tribunaux équitables de toutes les illégalités commises depuis le 15 juillet 2016 jusqu’à nos jours. Nous continuerons d’être la voix de toutes les victimes innocentes d’injustices et d’iniquité.

Annonce faite respectueusement à l’opinion public.

Broken Chalk